| Enquête Altitude L’Équipe ” du 2 décembre 2009. |
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No hay traducciones disponibles. Enquête Altitude Par Jean-Christophe Collin
C’est un petit coin de paradis, à 540 km à l’est du Cap, baigné par l’océan Indien. Le Pezula Private Castle, à Noetzie Beach, sa plage de sable fin, son lagon, son golf. Un faste paradisiaque, non pas pour s’y relaxer après une saison éprouvante, mais pour participer à la Coupe du monde en Afrique du Sud. C’est en effet là que Raymond Domenech et ses joueurs vont établir leur camp de base. Le staff a considéré qu’il leur fallait luxe, calme et volupté. Soit. Ce ne sont d’ailleurs pas les Jacuzzis qui font débat à propos de ce lieu, mais sa situation géographie : au bord de l’océan, c’est-à-dire à l’altitude zéro mètre.
La particularité de cette Coupe du monde, c’est qu’une grande partie des rencontres (37 sur 64) vont se disputer au-dessus de 1 000 m d’altitude. Si la France jouera son premier match le 11 juin au Cap, au niveau de la mer, face à l’Uruguay, elle rencontrera ensuite le Mexique le 17 à Polokwane, à 1 310 m. puis l’Afrique du Sud le 22, à Bloemfontein, à 1 400 m. Suivant son classement, l’équipe de France pourrait disputer un huitième de finale ou un quart de finale à Johannesburg, 1 753 m d’altitude. Sachant, si elle parvient jusque-là, que la finale se jouera également à Jo’Burg, le 11 juillet.
Bien sûr, il ne s’agit pas de haute montagne. Mais la France jouera bien en moyenne altitude. “ On estime qu’à 1 700 m, il y a entre 5 et 10 % de perte de performance, explique le docteur Jean-Paul Richalet, responsable du service physiologie, explorations fonctionnelles, à l’hôpital Avicenne, à Bobigny, grand expert de l’activité en altitude. La baisse de la pression atmosphérique entraîne une baisse de la quantité d’oxygène disponible à l’activité musculaire et l’on est donc moins performant ” (lire encadré page XX). Les footballeurs répètent assez que les matches se jouent sur des détails, 5 à 10 %, on est au-delà du détail. “ Effectivement, à très haut niveau, 5 % sur un match de quatre-vingt-dix minutes, on perçoit la différence ”, assure le professeur Richalet.
Comment se préparer à cette difficulté ? Les théories ont évolué à travers le temps, notamment depuis les Jeux de Mexico (2 200 m d’altitude), en 1968, où, pour la première fois, la question s’est vraiment posée aux sportifs. C’est à cet effet que l’on a créé la base de préparation de Font-Romeu (1 850 m), où nombre de sportifs vont se préparer, même si, depuis 1997, les Bleus ont jeté leur dévolu sur la station savoyarde de Tignes. On sait désormais qu’en séjournant en altitude, on augmente le nombre de globules rouges (qui transportent d’oxygène vers le muscle). Cela permet de gagner en endurance. En revanche, on s’entraîne de manière moins efficace. “ La fréquence cardiaque maximale est moins élevée qu’au niveau de la mer, explique le docteur Richalet. On se sent plus à l’aise en endurance, mais on ne récupère pas la puissance. Il faut baisser la charge d’entraînement. ”
Il est admis aujourd’hui que la meilleure solution pour un travail en altitude consiste donc à dormir haut et s’entraîner en plaine. C’est visiblement l’option qu’ont choisie un certain nombre d’équipes, au moins de demeurrer en altitude comme l’Italie, l’Allemagne, le Brésil ou l’Afrique du Sud elle-même, qui séjourneront entre 1 400 et 1 600 m. Pour les huit équipes qui ont choisi de s’installer à moins de 400 m d’altitude, dont la France et le Danemark, carrément en bord de mer, “ il est déconseillé de débarquer au dernier moment à 1 700 m ”. “ Il convient d’avoir une dose d’altitude suffisante dans la semaine qui précède le match ”, assure le docteur Richalet.
Le staff de l’équipe de France n’a retenu aucune de ces options et a choisi de rester durant toute la phase de poules au niveau de la mer. Qui a opéré ce choix et à quel moment ?
Une fois la qualification acquise, le 18 novembre dernier, après l’élimination de l’Eire au Stade de France, Pierre Rochcongar, le médecin de la FFF, avait déclaré qu’une cellule d’experts allait être mise en place afin de définir au mieux le modèle de préparation. Le docteur Richalet avait été cité pour faire partie de cette cellule, mais celui-ci affirme : “ Je n’ai pas été sollicité puisque lorsque cette commission a été évoquée, la décision du choix du camp de base avait déjà été prise. ”
En fait, la commission médicale de la Fédération a juste fait des suggestions, comme l’explique son président, le professeur Pierre Rochcongar. “ Nous avons émis des avis, nous avons surtout insisté pour qu’il y ait un stage en altitude pendant la préparation avant de se rendre en Afrique du Sud. Après, c’est le staff et le Club France qui sont habilités à choisir les lieux de résidence en fonction d’un ensemble de critères. ” C’est donc le staff de l’équipe de France et le Club France qui, au final, a décidé des options. “ Nous travaillons sur ce dossier depuis mars dernier, assure Jean-Louis Valentin, le directeur de la Fédération. L’affaire a été gérée par cinq à six personnes. ” Alain Boghossian, Raymond Domenech, Pierre Mankowski et Bruno Martini, sont allés visiter plusieurs sites, tous proposés par la Fifa. “ Divers critères sont rentrés en jeu, explique Valentin : le climat, car on sera en hiver ; le nombre de chambres, qui ne devait pas être trop important pour ne pas que cela soit coûteux ; la qualité des terrains d’entraînement ; les espaces de convivialité et l’altitude. Au final, deux ou trois hôtels avaient été retenus au moment du match face à Lituanie, en avril. Puis l’accord définitif est intervenu après le match contre l’Irlande, mi-novembre. ”
Avec comme choix, donc, le Pezula Private, situé au niveau de la mer. Pourquoi avoir choisi ce camp de base ? “ Je ne veux pas communiquer là-dessus, explique Robert Duverne, cela fait partie de notre stratégie. Et puis, qui aujourd’hui peut se prévaloir de notre expérience, de notre vécu ? Qui a quinze ans au plus niveau, qui a un palmarès pour venir dire que nos choix sont mauvais ? Je suis au contact en permanence avec plusieurs spécialistes, comme Véronique Billat. ” Contact permanent, c’est beaucoup dire. Robert Duverne a néanmoins consulté Véronique Billat, directrice du Laboratoire d’étude de physiologie de l’exercice, à Evry, qui c’est vrai, préconise de rester au niveau de la mer. “ Cela permet de continuer à s’entraîner dur, explique-t-elle, ce que l’on ne peut faire en altitude, où l’on perd des protéines et de la force musculaire. On privilégie également la récupération, un élément fondamental de la performance, car en altitude, on dort moins bien. ”
Cela semble signifier que, comme en 2006, l’équipe de France a fait le pari qu’elle passera le premier tour sans trop de difficultés et qu’elle va durant la phase de poules également préparer les matches de la phase finale. Exactement comme à la Coupe du monde en Allemagne. La semaine du match face au Togo, l’équipe de France avait continué à s’entraîner dur en vue du 16e contre l’Espagne. Elle avait ainsi pris le risque de coincer lors d’un match de poule pourtant capital, mais cette stratégie s’était avérée payante pour la suite de la compétition où elle avait surclassé physiquement ses adversaires.
Dans le cas de la Coupe du monde à venir, le problème, on l’a dit, est qu’elle va affronter au premier tour le Mexique et l’Afrique du Sud, à 1 300 m et 1 400 m, une hauteur “ où le niveau de performance diminue de 3 à 8 % ”, explique le docteur Richalet. Sauf que les Mexicains n’auront pas cette baisse, notamment de VO2 max, puisqu’ils sont naturellement acclimatés à l’altitude. “ Cela peut avoir son effet en fin de match, où l’on sait que se font souvent les différences, dit le docteur Richalet. Pour disputer ce genre de rencontre, il convient d’avoir un vécu en altitude. Par exemple, il faut savoir que le ballon ne réagit pas pareil, car il y a moins de résistance à l’air. Les gardiens doivent y être particulièrement préparés. ”
Concernant cet aspect technique, l’équipe de France peut compter sur le stage à Tignes, qu’elle effectuera du 18 au 25 mai, à 2 100 m. Mais ce stage est si court que les joueurs, en revanche ne pourront en tirer de bénéfices physiologiques pour la compétition. Durant la phase de poules, ils n’auront donc aucun vécu en altitude. “ Il faudrait monter tout de même au moins deux jours avant le match ”, convient Véronique Billat. … En fait, l’équipe de France risque d’être mieux entraînée que ses adversaires mais moins bien acclimaté aux conditions du match.
Cette stratégie, le staff de l’équipe de France n’entend pas l’adopter plus longtemps, puisqu’il a décidé de ne pas rester l’ensemble de la compétition dans son camp de base initial. La décision de changer d’hôtel à l’issue de la phase de poules devrait être entérinée par le Club France le 8 avril prochain. Pour in fine aller s’installer plus en altitude afin que l’équipe de France s’acclimate aux matches qu’elle devra disputer, si tout va pour le mieux, à Johannesburg à 1 753 m. “ L’altitude sera un facteur, conclut le docteur Richalet, mais elle ne sera pas le facteur principal dans la performance. ”
Jean-Christophe Collin (1) In “ L’Équipe ” du 2 décembre 2009.
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